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«En 1966, il y a, a vrai dire, deux organisations qui coexistent: Fidayin-e Khalq-e Iran, de tendance marxiste, issue du parti communiste iranien, plus connu sous le nom de Toudeh, et Mojahedin-e Khalq-e Iran, de tendance islamiste, nee dans le sillage du MLI», se souvient le journaliste Mashellah Shamsolvoizin, ancien membre des Moujahidins, emprisonne, en 1976, a 1'age de 17 ans, et . . .
4 - Massoud Rajavi aux commandes «En 1966, il y a, a vrai dire, deux organisations qui coexistent: Fidayin-e Khalq-e Iran, de tendance marxiste, issue du parti communiste iranien, plus connu sous le nom de Toudeh, et Mojahedin-e Khalq-e Iran, de tendance islamiste, nee dans le sillage du MLI», se souvient le journaliste Mashellah Shamsolvoizin, ancien membre des Moujahidins, emprisonne, en 1976, a 1'age de 17 ans, et durement torture par les agents de la Savak (5). En 1975, les contradictions entre les partisans de 1'islamisme, d'un cote, et ceux du marxisme, de 1'autre, eclatent au grand jour. Le mouvement se scinde en deux factions distinctes, 1'une islamiste et 1'autre marxiste. Menee par Massoud Rajavi, qui est en passe d'imposer son leadership, la premiere faction finit par prendre le contr61e de 1'organisation. « Les elements de 1'aile marxiste collaborent avec la Savak afin de debusquer leurs camarades islamistes. C'est ainsi que 1'organisation a pu etre infiltree par le service de renseignement du Chah », explique Shamsolvoizin. Massoud Rajavi est ne en 1954 a Tabas, une petite ville de la province de Khorassan (Est de 1'Iran). Son pere est notaire a Meshad, ville sainte du chiisme. Apres des etudes primaires et secondaires a Tabas et a Meshad, il etudie les sciences politiques a la Faculte de droit de 1'Universite de Teheran, ou il rejoint les rangs des Moujahidins. II est promu rapidement membre du comite central et de la cellule ideologique de 1'organisation. Arrete en 1972, il declare, au cours de son proces, que la plupart des problemes du monde ont ete causes par 1'imperialisme et que « 1'objectif principal est maintenant de liberer 1'Iran de 1'imperialisme americain » (6). Condamne a la prison a perpetuite et incarcere a la prison de Qasr, Massoud Rajavi passe son temps a endoctriner les nouveaux adeptes et a consolider son propre leadership au sein d'une organisation qui a ete decapitee par 1'execution de ses premiers dirigeants, tels que Saeed Mohsen, Ali Asghar Badiee Zadegan, Mahmud Asgari Zadeh, Rasool Meshginfam et Hanif Nezhad. « II est le seui des leaders historiques de 1'organisation a ne pas avoir ete execute. Cela le rend d'autant plus suspect a nos yeux », explique Shamsolvoizin. Des l975, Massoud Rajavi impose de facto un ferme controle sur l'organisation. A sa sortie de prison, en l979, un mois avant la revolution, il est deja considere comme le chef inconteste des Moujahidins. Il commence par reorganiser le mouvement en cellules compartimentees aux activites diverses, mais qui repondent toutes a ses ordres ou a ceux de ses delegues. Bientot depasse par le cours des evenements, il decide de rompre avec la revolution islamique et de mener la guerre au nouveau regime instaure dans le pays. L'intellectuel islamo-marxiste revele alors une personnalite complexe, faite d'un melange detonnant de narcissisme, de charisme, d'autoritarisme et de penchant pour le commandement. 5 - « Apres le Chah, c'est au tour des Etats-Unis » L'imperialisme, symbolise par les Etats-Unis, principal allie du regime du Chah, est considere par les Moujahidins comme le premier obstacle a l'etablissement de la « societe divine sans classes sociales » qu'ils preconisent. Il devrait donc etre la premiere cible du jihad. Ainsi, durant toute la periode de leur combat centre la dictature du Chah, les Moujahidins n'assassinent pas moins de six citoyens americains. Ce sont le lieutenant colonel lewis L. Hawkins, abattu le 2 juin l973, le colonel de l'Air Force Paul Shaeffer et son collegue Jack Turner, assassines le 2l mai l975, Donald G. Smith, Robert R. Krongrad et William C. Cottrell, employes de Rockwell International, tues dans un attentat le 28 aout l976. Au lendemain de la revolution iranienne, entre l979 et l98l, les Moujahidins s'emploient a remonter les Iraniens contre les Etats-Unis. Us demandent aussi au regime islamique issu de la revolution d'annuler tous les accords anterieurs passes avec les Etats-Unis et de divulguer les noms des agents de la CIA operant dans le pays. Us jouent, egalement, un r6le preponderant dans Ie pourrissement de la situation nee de la prise des otages dans l'ambassade americaine a Teheran. leurs communiques de l'epoque, integralement reproduits sur les colonnes de Mojahed, portent la marque de cet anti-americanisme radical. Ainsi, le jour de l'occupation de l'ambassade des Etats-Unis a Teheran par les etudiants iraniens, les Moujahidins publient une declaration intitulee « Apres Ie Chah , c'est au tour des Etats-Unis ». Un autre document de l'organisation, date du 4 novembre l979, est intitule : « Suggestions des Mojahedin-e Khalq de I'lran concernant les mesures necessaires a l'encontre de l'imperialisme americain ». Tout au long de l'operation de prise d'otages, qui dure 444 jours, les membres de l'organisation se montrent tres actifs. Presents en force a l'interieur de l'ambassade, ils s'opposent fermement a toute liberation et font capoter toute ebauche de solution. Dans un telegramme en date du 5 novembre, adresse a l'imam Khomeiny, ils expriment leur soutien a la politique de ce dernier dont l'objectif est, selon leurs termes, de « deraciner l'imperialisme agressif americain du traitre Chah». Le telegramme se termine par cette phrase: « (Nous sommes) dans l'attente d'un ordre definitif de I'imam pour demolir les fondations de l'imperialisme et du sionisme ». Apres l'echec de la tentative de liberation des otages, les Moujahidins mettent a la disposition des Gardes revolutionnaires leurs «unites militaires», «unites de guerilleros a temps partiel » et autres « milices », afin, disent ils, de participer a la lutte centre l'imperialisme americain (Mojahed, n° 52). Au lendemain de la liberation des otages, en janvier l99l, l'organe du mouvement rappelle que « Mojahedin-e Khalq etait la premiere force a avoir manifeste son soutien a l'occupation du centre d'espionnage americain ». Plus loin, l'organe de l'organisation ajoute que les Moujahidins avaient passe devant l'ambassade « des jours et des semaines », « dans la chaleur et le froid », afin de s'assurer que l'ambassade occupee etait bien « un centre anti-imperialiste actif et zele ».le meme article decrit la liberation des otages comme un « repli » et une « soumission » et previent le nouveau regime contre le retablissement des relations diplomatiques entre l'Iran et les etais-Unis. Ce serait « un acte de trahison envers le peuple et le sang des martyrs », previent Mojahed (n° l07). Cette phrase premonitoire annonce les affrontements a venir entre les membres de l'OMPI et le regime des mollahs. les Moujahidins, dont l'une des references premieres demeure le marxisme, sont donc fondamentalement opposes aux etais-Unis, qu'ils considerent comme un ennemi jure et un mal absolu.Ils ne repugnent pas, cependant, comme on le verra plus loin, a l'idee d'engranger les avantages d'une alliance tactique avec cet ennemi puissant. Le paradoxe, ici, n'est qu'apparent. Car, en cherchant a nouer des relations privilegiees avec les puissances occidentales, et notamment avec les etats-Unis, puissance imperialiste par excellence, les Moujahidins croient renforcer ainsi les factions progressistes ou revolutionnaires qui coexistent au sein de ces pays. C'est la, du moins l'argument qu'ils avancent pour repondre a ceux qui critiquent cette alliance centre nature. 6 - La rupture avec l'imam Khomeiny Entre l977 et 1979, l'organisation des Moujahidins etait quasiment demantelee par la Savak et ses militants en prison. Lorsque la revolution eclate, sous l'impulsion des religieux, peu de ses membres sont en action. C'est donc a Khomeiny et a lui seul que revient Ie merite d'avoir su mettre la foi des citoyens an service d'un vaste mouvement politique de contestation et de destabilisation, qui fut d'ailleurs, du moins au debut , absolument pacifique. Cependant, si les Moujahidins n'avaient pas joue un role efficace dans la chute du Chah, ils ne s'en consideraient pas moins comme les authentiques initiateurs de la revolution et, a ce titre, ils portaient des jugements tres severes sur les autres.Ainsi, le Il fevrier 1979, lorsque l'armee eut proclame sa neutralite dans Ie conflit ou s'affrontaient le systeme royal et l'opposition, se desolidarisant ainsi du gouvernement Chapour Bakhtiar, et que Ie trone fut definitivement renverse, les Moujahidins n'accepterent pas de deposer les armes. La majeure partie de celles-ci avait ete ramassee aux premiers jours de la revolution, lorsque les casernes avaient ete abandonnees. Pendant ces quelques jours de transition entre les deux regimes, les organisations de guerilla, dont la plus importante etait celle des Moujahidins, avaient vide les depots d'armes de Teheran. Depuis cette date, malgre les excellentes relations qu'elles avaient eues, pendant les premieres semaines, avec les dirigeants de la Republique islamique, elles n'avaient jamais accepte de deposer les armes. Pourquoi une organisation comme celle des Moujahidins qui, sans avoir vraiment joue un role decisif dans la revolution, et jouissant malgre tout d'un grand prestige aux yeux de la classe politique et de l'opinion publique, n'a-t-elle pas accepte de jouer un role legal dans la vie politique d'un regime qui se mettait en place ? les Moujahidins pensent que Ie mouvement insurrectionnel qui a emporte Ie regime du Chah n'a pas les caracteristiques d'une revolution populaire progressiste. Dans leur litterature de l'epoque, ils ne parlent pas de "revolution", mais de "soulevement antimonarchique". « les millions de personnes qui ont manifeste dans les rues de Teheran savent ce qu'elles cherchent a detruire, c'est-a-dire Ie regime du Chah, mais pas vraiment ce qu'elles veulent edifier a sa place, c'est-a-dire une societe divine sans classes socials », disent-ils. Traduction: ce qui manque au mouvement populaire dirige par l'imam Khomeiny, c'est la conscience politique et la science revolutionnaire. les Moujahidins, qui croient detenir ces deux "armes", pretendent etre mieux places que les members du clerge pour diriger une revolution qui reste a faire. Aussi leurs dirigeants sont-ils restes tres discrets et peu visibles sur les photos de l'epoque. A vrai dire, les Moujahidins ont joue aux echecs en pariant sur la deroute des mollahs. Lorsqu'il ont decouvert qu'ils avaient rate tous leurs coups, ils ont invente la theorie suivante: "les Americains ne laisseront pas Ie pouvoir aux mains des religieux. Ils transformeront l'Iran en un second Vietnam". Ceux d'entre eux qui soutenaient Ie contraire etaient traites de credules. les centaines de membres de l'organisation qui ont ete relaxes par Ie nouveau regime etaient disperses entre Teheran, Meshad et Ispahan. Ils n'ont pu, de ce fait, arreter rapidement une position commune. Ils ont donc ete surpris par la revolution et sont restes desarmes face a elle. leurs vieux slogans sont tous tombes a l'eau. Ainsi, jusqu'a la veille de la revolution, ils ont continue a agiter des slogans marxistes. Ce n'est qu'au dernier moment qu'ils ont commence a se mettre en phase avec la population, qui etait deja acquise a Khomeiny et aux religieux , explique Mohamed Ahmadi. Dans un document public en l996 (7), nous trouvons ce temoignage qui en dit long sur 1'anarchie qui a regne durant les premiers mois de la revolution: « A cette epoque, la majorite des organisations et les differentes couches de la societe etaient engages dans la revolution, pour ou centre. Chaque courant y participait selon son appartenance de classe et ses conceptions Politiques. L'Organisation des fidayis du peuple d'lran (OFPI)(,") etait bien unie et n'avait pas encore subi les schismes qui ont divise ses forces en deux ou trois factions. L'insurrection et Ie grand mouvement de la population avaient surpris toutes les formations politiques. En realite, pour beaucoup de gens, Ie but de la revolution n'etait pas encore evident. Regulierement nous faisions face a de vives discussions sur son avenir. Tous les groupes politiques en parlaient, mais il n'y avait aucun programme, du moins de la part des organisations qui avaient leve Ie drapeau de la revolution depuis des annees ». Dans cette atmosphere insurrectionnelle marquee par l'indecision et la confusion, Ie pouvoir post-revolutionnaire ne tarde pas a etre confisque par l'imam Khomeiny et ses partisans. La dictature du Chah est aussitot remplacee par un regime theocratique se reclamant d'une forme inedite d'islamisme militant. «le nouveau regime conduit par les mollahs deboucha sur un islamisme pur et dur. Alors que la composante liberale (Bazargan et ses proches) accepta la loi du plus fort, les extremistes (dont les plus importants etaient les Moujahidins du peuple) refuserent la soumission et declencherent un soulevement arme», ecrit l'historien Ehsan Naraghi (9). Dans une ultime tentative de reconciliation avec les Moujahidins, l'imam Khomemy demande a ces derniers de restituer les armes qu'ils ont en leur possession, prelude a leur integration dans le nouveau paysage politique iranien. les Moujahidins, qui considerent la lutte armee comme une dimension essentielle de leur combat, refusent de deposer les armes et de se constituer en parti politique. En fait, leur objectif depasse de loin le cadre d'une revolution islamiste. Ce qu'ils cherchent c'est le pouvoir, tout le pouvoir et rien que le pouvoir, ce que l'imam Khomeiny et ses partisans ne sont pas disposes, on s'en doute, a leur ceder. Pourquoi le regime autoritaire royal a-t-il cede la place rapidement a un regime tout aussi peu democratique ? Reponse d'Ehsan Naraghi: « Parce que les intellectuels marxistes, au moment de leur liaison avec les islamistes, n'ont jamais souligne l'importance des droits de l'homme. les executions sommaires, les confiscations exagerees des proprietes privees, l'anti-americanisme bon marche, l'occupation de l'ambassade americaine et la prise des otages ont ete fortement appuyes par le parti communiste et par les organisations revolutionnaires, telles que celle des Moujahidins » (l0). les mouvements d'opposition, qui ont participe au soulevement populaire contre l'ancien regime, se retrouvent donc rapidement marginalises. les Moujahidins ne font pas exception. Des mois apres la prise de pouvoir par Khomeiny, ces derniers n'arrivent pas encore a comprendre comment les choses ont pu deboucher sur cette issue inattendue. Eux qui croient etre les mieux qualifies pour diriger les masses vers la revolution sont contraints par les evenements de prendre le train de la revolution en marche. « C'est l'une des raisons qui les ont amenes a se retourner contre Khomeiny et a epouser des positions plus radicales. En exigeant, entre autres revendications impossibles a satisfaire, le demantelement des organisations heritees du temps du Chah, l'execution de tous les anciens responsables, la dissolution de l'armee, la mise sur pied d'une armee du peuple et l'annulation de tous les contrats signes avec l'Occident, ils ont cherche, en realite, a destabiliser le nouveau regime », explique Mohamed Ahmadi. les Moujahidins, qui defendent une approche marxisante de la revolution, definie comme un soulevement des classes inferieures contre les classes superieures, reprochent a Khomeiny de ne pas avoir lance la lutte armee contre le Chah. les religieux conformistes ont refuse, en effet, d'armer le peuple, comme le voulaient les Moujahidins. leur revolution etait pacifiste, au point qu'elle a fascine de nombreux intellectuels et hommes politiques en Occident. Elle a coute la vie a de nombreuses personnes, mais pas autant que les revolutions francaise ou sovietique. Cela n'etait visiblement pas du gout des Moujahidins qui ont investi les prisons et les tribunaux revolutionnaires pour pousser les juges a prononcer le plus grand nombre possible de condamnations a mort. Si les autontes religieuses ont fmi par les chasser des prisons, c'est parce qu'ils s'etaient illustres par des actes de sauvagerie a l'encontre des prisonniers. A l'instar du president revoque Abolhassan Bani Sadr, auquel il s'est rallie entre-temps, Massoud Rajavi comprend qu'il n'a pas de place dans la nouvelle direction du pays. Son appel a un soulevement populaire arme centre Ie regime trouve certes un echo aupres de nombreuses personnes qui manifestent dans les rues de Teheran. La police tire sur la foule et fait quelques morts. les Moujahidins orient au massacre et commettent une serie d'assassinats et des attentats a la bombe. La chasse aux sorcieres est ouverte. le 29 juillet l981, les deux hommes prennent place dans un meme avion a destination de Paris. Une nouvelle page de l'histoire du mouvement s'ouvre. Elle sera beaucoup moins glorieuse. Ironie de l'histoire : l'avion militaire qui ramene les deux hommes en France est celui-la meme qui, le 16 janvier 1979, a ramene le Chah en Egypte. le pilote qui etait aux commandes de l'apparetl, le colonel Moezzi, est celui-la meme qui avait accompagne l'ancien monarque dans son dernier exil.

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