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. . Ils ont done ete surpris par la revolution et sont restes desarmes face a elle. Leurs vieux slogans sont tous tombes a I'eau. Ainsi, jusqu'a la veille de la revolution, ils ont continue a agiter des slogans marxistes. Ce n'est qu'au dernier moment qu'ils ont commence a se mettre en phase avec la population, qui etait deja acquise a Khomeiny et aux religieux , explique Mohamed Ahmadi . . .
6 - La rupture avec rimam Khomeiny Entre l977 et l979, l'organisation des Moujahidins etait quasiment demantelee par la Savak et ses militants en prison. Lorsque la revolution eclate, sous l'impulsion des religieux, peu de ses membres sont en action. C'est done a Khomeiny et a lui seui que revient Ie merite d'avoir su mettre la foi des citoyens an service d'un vaste mouvement politique de contestation et de destabilisation, qui fut d'ailleurs, du moins au debut,absolument pacifique. Cependant, si les Moujahidins n'avaient pas joue un role efficace dans la chute du Chah, ils ne s'en consideraient pas moins comme les authentiques initiateurs de la revolution et, a ce titre, ils portaient des jugements tres severes sur les autres. Ainsi, Ie ll fevrier l979, lorsque l'armee eut proclame sa neutralite dans Ie conflit ou s'affrontaient Ie systeme royal et I'opposition, se desolidarisant ainsi du gouvernement Chapour Bakhtiar, et que Ie trone fut definitivement renverse, les Moujahidins n'accepterent pas de deposer les armes. La majeure partie de celles-ci avait ete ramassee aux premiers jours de la revolution, lorsque les casernes avaient ete abandonnees. Pendant ces quelques jours de transition entre les deux regimes, les organisations de guerilla, dont la plus importante etait celle des Moujahidins, avaient vide les depots d'armes de Teheran. Depuis cette date, malgre les excellentes relations qu'elles avaient eues, pendant les premieres semaines, avec les dirigeants de la Republique islamique, elles n'avaient jamais accepte de deposer les armes. Pourquoi une organisation comme celle des Moujahidins qui, sans avoir vraimentjoue un role decisifdans la revolution, et jouissant malgre tout d'un grand prestige aux yeux de la classe politique et de I'opinion publique, n'a-t-elle pas accepte de jouer un role legal dans la vie politique d'un regime qui se mettait en place ? Les Moujahidins pensent que Ie mouvement insurrectionnel qui a cmporte Ie regime du Chah n'a pas les caracteristiques d'une revolution populaire progressiste. Dans leur litterature de l'eooque, ils ne parlent pas de "revolution", mais de "soulevement antimonarchique". « Les millions de personnes aui ont manifesto dans les rues de Teheran savent ce qu'elles cherchent a detruire, c'est-a-dire Ie regime du Chah, mais pas vraiment ce qu'elles veulent edifier a sa place, c'est-a-dire une societe divine sans classes sociales », disent-ils. Traduction: ce qui manque au mouvement populaire dirige par l'imam Khomeiny, c'est la conscience politique et la science revolutionnaire. Les Moujahidins, qui croient detenir ces deux "armes", pretendent etre mieux places que les membres du clerge pour diriger une revolution qui reste a faire. Aussi leurs dirigeants sont-ils restes tres discrets et peu visibles sur les photos de l'epoque. A vrai dire, les Moujahidins ont joue aux echecs en pariant sur la deroute des mollahs. Lorsqu'il ont decouvert qu'ils avaient rate tous leurs coups, ils ont invente la theorie suivante: "Les Americains ne laisseront pas Ie pouvoir aux mains des religieux. Ils transformeront I'lran en un second Vietnam". Ceux d'entre eux qui soutenaient Ie contraire etaient traites de credules. Les centaines de membres de l'organisation qui ont ete relaxes par Ie nouveau regime etaient disperses entre Teheran, Meshad et Ispahan. Ils n'ont pu, de ce fait, arreter rapidement une position commune. Ils ont done ete surpris par la revolution et sont restes desarmes face a elle. Leurs vieux slogans sont tous tombes a I'eau. Ainsi, jusqu'a la veille de la revolution, ils ont continue a agiter des slogans marxistes. Ce n'est qu'au dernier moment qu'ils ont commence a se mettre en phase avec la population, qui etait deja acquise a Khomeiny et aux religieux , explique Mohamed Ahmadi. Dans un document public en l996 (7), nous trouvons ce temoignage qui en dit long sur l'anarchie qui a regne durant les premiers mois de la revolution: « A cette epoque, la majorite des organisations et les differentes couches de la societe etaient engagees dans la revolution, pour ou centre. Chaque courant y participait selon son appartenance de classe et ses conceptions Politiques. L'Organisation desfidayis du peuple d'lran (OFPI)(,") etait bien unie et n'avait pas encore subi les schismes qui ont divise ses forces en deux ou trois factions. L'insurrection et Ie grand mouvement de la population avaient surpris toutes les formations politiques. En realite, pour beaucoup de gens, Ie but de la revolution n'etait pas encore evident. Regulierement nous faisions face a de vives discussions sur son avenir. Tous les groupes politiques en parlaient, mais il n'y avait aucun programme, du moins de la part des organisations qui avaient leve Ie drapeau de la revolution depuis des annees ». Dans cette atmosphere insurrectionnelle marquee par l'indecision et la confusion, Ie pouvoir post-revolutionnaire ne tarde pas a etre confisque par l'imam KhomeTny et ses partisans. La dictature du Chah est aussitot remplacee par un regime theocratique se reclamant d'une forme inedite d'islamisme militant. «Le nouveau regime conduit par les mollahs deboucha sur un islamisme pur et dur. Alors que la composante liberale (Bazargan et ses proches) accepta la loi du plus fort, les extremistes (dont les plus importants etaient les Moujahidins du peuple) refuserent la soumission et declencherent un soulevement arme», ecrit l'historien Ehsan Naraghi (9). Dans une ultime tentative de reconciliation avec les Moujahidins, l'imam Khomemy demande a ces derniers de restituer les armes qu'ils ont en leur possession, prelude a leur integration dans le nouveau paysage politique iranien. Les Moujahidins, qui considerent la lutte armee comme une dimension essentielle de leur combat, refusent de deposer les armes et de se constituer en parti politique. En fait, leur objectif depasse de loin le cadre d'une revolution islamiste. Ce qu'ils cherchent c'est le pouvoir, tout le pouvoir et rien que le pouvoir, ce que l'imam KhomeTny et ses partisans ne sont pas disposes, on s'en doute, a leur ceder.Pourquoi le regime autoritaire royal a-t-il cede la place rapidement a un regime tout aussi peu democratique ? Reponse d'Ehsan Naraghi: « Parce que les intellectuels marxistes, au moment de leur liaison avec les islamistes, n'ont jamais souligne l'importance des droits de l'homme. Les executions sommaires, les confiscations exagerees des proprietes privees, l'anti-americanisme bon marche, l'occupation de l'ambassade americaine et la prise des otages ont ete fortement appuyes par le parti communiste et par les organisations revolutionnaires, telles que celle des Moujahidins » (l0). Les mouvements d'opposition, qui ont participe au soulevement populaire contre l'ancien regime, se retrouvent done rapidement marginalises. Les Moujahidins ne font pas exception. Des mois apres la prise de pouvoir par KhomeTny, ces derniers n'arrivent pas encore a comprendre comment les choses ont pu deboucher sur cette issue inattendue. Eux qui croient etre les mieux qualifies pour diriger les masses vers la revolution sont contraints par les evenements de prendre le train de la revolution en marche. « C'est l'une des raisons qui les ont amenes a se retourner contre KhomeTny et a epouser des positions plus radicales. En exigeant, entre autres revendications impossibles a satisfaire, le demantelement des organisations heritees du temps du Chah, l'execution de tous les anciens responsables, la dissolution de I'armee, la mise sur pied d'une armee du peuple et I'annulation de tous les contrats signes avec l'Occident, ils ont cherche, en realite, a destabiliser le nouveau regime », explique Mohamed Ahmadi. Les Moujahidins, qui defendent une approche marxisante de la revolution, definie comme un soulevement des classes inferieures contre les classes superieures, reprochent a KhomeTny de ne pas avoir lance la lutte armee contre le Chah. Les religieux conformistes ont refuse, en effet, d'armer le peuple, comme le voulaient les Moujahidins. Leur revolution etait pacifiste, au point qu'elle a fascine de nombreux intellectuels et hommes politiques en Occident. Elle a coute la vie a de nombreuses personnes, mais pas autant que les revolutions francaise ou sovietique. Cela n'etait visiblement pas du gout des Moujahidins qui ont investi les prisons et les tribunaux revolutionnaires pour pousser lesjuges a prononcer le plus grand nombre possible de condamnations a mort. Si les autontes religieuses ont fmi par les chasser des prisons, c'est parce qu'ils s'etaient illustres par des actes de sauvagerie a l'encontre des prisonniers. A l'instar du president revoque Abolhassan Bani Sadr,auquel il s'est rallie entre-temps, Massoud Rajavi comprend qu'il n'a pas de place dans la nouvelle direction du pays. Son appel a un soulevement populaire arme centre Ie regime trouve certes un echo aupres de nombreuses personnes qui manifestent dans les rues de Teheran. La police tire sur la foule et fait quelques morts. Les Moujahidins orient au massacre et commettent une serie d'assassinats et des attentats a la bombe. La chasse aux sorcieres est ouverte. Le 29juillet l98l, les deux hommes prennent place dans un meme avion a destination de Paris. Une nouvelle page de I'histoire du mouvement s'ouvre. Elle sera beaucoup moins glorieuse. Ironie de I'histoire : l'avion militaire qui ramene les deux hommes en France est celui-la meme qui, le l6 janvier l979, a ramene le Chah en Egypte. Le pilote qui etait aux commandes de l'appareil, le colonel Moezzi, est celui-la meme qui avait accompagne l'ancien monarque dans son dernier exil. 7- La pomme de discorde "Comment s'est operee la rupture eirtre les Moujahidins et le nouveau regime islamiste ? Apres le renversement du Chah, en l979, l'ayatollah KhomeTny, rentre victorieux a Teheran apres quinze ans d'exil a Nadjaf, en Irak, et a Neauphle-le-Chateau, en France, s'emploie a asseoir les bases d'un regime theocratique. Pour ce faire, il remet au gout du jour une theorie elaboree un siecle et demi plus tot par un cheikh chiite, Ahmad Naraghi. La theorie de la velayal-e-faqih (souverainete du jurisconsulte) a suscite, a l'epoque de son apparition, une grande discorde au sein de la hierarchic religieuse. Et pour cause: elle s'oppose a la conception dominante du chiisme, qui considere le pouvoir temporel, quel qu'il soit, comme corrompu et injuste par essence. Seui le pouvoir du douzieme imam, occulte et attendu (El-Mahdi el-Mountazar), est percu comme juste. En attendant la venue de cet imam, les religieux doivent s'abstenir d'exercer le pouvoir. ,Selon la nouvelle theorie, consideree comme une heresie par de nombreux exegetes de la pensee islamique, esfoukahas (jurisconsultes religieux ou doctes) sont habilites a gouverner au nom de l'imam occulte. Le nouveau pouvoir revolutionnaire, qui cherche a legitimer son caractere theocratique, ne trouve rien de mieux que d'introduire dans la constitution un article qui consacre definitivement ce principe de la velayal-e-faqih. L'ayatollah Sayed Mahmoud Taleghani propose de creer un comite d'experts, une sorte d'assemblee constituante representant toutes les composantes de la societe. Les forces qui ont contribue a la chute du Chah esperent voir cet organe compose majoritairement de representants de la societe civile. KhomeTny y nomme presque exclusivement des religieux acquis a l'adoption du principe de la velayat-e-faqih. « II s agissait de savoir si le spirituel l'emportait sur le temporel. Taleghani etait, comme moi, oppose a ce principe. Nous avons done decide de resister en publiant des articles pour alerter opinion sur cette loi, qui conduisait tout droit au fascisme religieux, et nous avons lance une polemique publique fondee sur des recherches historiques. Nous avons montre que 90% des plus grands chefs religieux du chiisme etaient opposes a la souverainete du docte. Meme KhomeTny, a Paris, etait contre », se souvient Abolhassan Bani Sadr (ll). Des guides religieux respectes, comme l'ayatollah Hussein Montazeri, participent neanmoins activement a I'elaboration de l'article en question. Us esperent, peut-etre, en profiter, dans la tnesure ou ils pourraient, un jour, remplir les conditions pour occuper les fonctions de wall fakih (guide spirituel de la republique islamique). Se sentant marginalises par une revolution a laquelle ils avaient pourtant pris part, quoique tardivement et de maniere improvisee, les adeptes de Massoud Rajavi decident de prendre la tete du combat contre la nouvelle doctrine et reprennent la lutte armee avec autant de vigueur qu'ils en ont fait montre contre l'ancien regime. Ils esperent, par leur organisation politico-militaire, tant a l'interieur qu'a l'exterieur du pays, representer une alternative possible au nouveau regime des mollahs, si jamais ce dernier implose sous l'effet de ses contradictions internes. C'est, du moins, la theorie qu'ils developpent a l'epoque dans leurs ecrits. 'Les attentats a la bombe se multiplient contre les representants et les partisans du nouveau regime. Des centaines de personnes sont tuees et des milliers d'autres blessees. L'attentat Ie plus spectaculaire a lieu Ie 28 juin l98l, lorsque deux bombes explosent au siege du Parti de la Republique islamique (PR-l, nouveau parti au pouvoir), tuant 74 hauts dignitaires du regime, dont l'ayatollah Beheshti, l4 ministres et 27 deputes. Le 30 aout l98l, les Moujahidins font exploser une bombe a la reunion du Conseil national de securite, tuant le nouveau president Ali RajaT et son nouveau Premier ministre Mohamed Javad Bahonar. En septembre de la meme annee, ils commencent a s'attaquer a des cibles militaires. Cette strategic de la terreur vise a destabiliser le nouveau regime, deja engage dans la guerre contre I'Irak, declenchee en l980, en vue de l'affaiblir et de le renverser.) Jusqu'a la fin de la guerre Irak-Iran en l988, des membres du Majlis (parlement), des religieux, des juges, des bazaris et meme de simples citoyens, designes invariablement comme des « agents du regime », tombent sous les bombes et les balles des Moujahidins. Dans un document de propagande date de juin l986, ces derniers affirment avoir tue ou blesse 7 500 « agents du regime » entrejuin l982 et septembre l985. On serait tente de donner foi a ce chiffre, d'autant qu'il recoupe les informations relatives aux attentats commis a l'interieur de l'Iran, diffusees, a la meme epoque, par les agences de presse internationales. Selon Ehsan Naraghi, ce radicalisme violent d'obedience a la fois gauchiste et islamiste serait la consequence de la modernisation autoritaire et intolerante du Chah. «La satanisation de l'adversaire etait une technique commune a tous ces mouvements, si bien que deux ans apres la revolution, lorsque les Moujahidins (les allies d'hier) se sont opposes aux islamistes, cette opposition s'est transformee en une confrontation sanglante sans precedent», explique l'historien (l2).