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. . . Comme on l’a vu, les Moudjahidin du peuple d’Iran réfu-tent toute appartenance au marxisme et au léninisme. Deux références habituellement réservées aux partis com-munistes orthodoxes et à leurs «sous-marins». L’Iran comme la plupart des pays disposant de richesses naturelles a été l’objet des convoitises de l’Union soviétique. Moscou agissant par le biais des partis nationaux qu’il contrôle au nom de l’Internationale. Néanmoins bon nombre de formations de l’ultra-gauche soucieuses de se construire une identité révolutionnaire multi-plient les sources idéologiques. . . .
CHAPITRE 10 Le Grand Timonier à la barre Comme on l’a vu, les Moudjahidin du peuple d’Iran réfu-tent toute appartenance au marxisme et au léninisme. Deux références habituellement réservées aux partis com-munistes orthodoxes et à leurs «sous-marins». L’Iran comme la plupart des pays disposant de richesses naturelles a été l’objet des convoitises de l’Union soviétique. Moscou agissant par le biais des partis nationaux qu’il contrôle au nom de l’Internationale. Néanmoins bon nombre de formations de l’ultra-gauche soucieuses de se construire une identité révolutionnaire multi-plient les sources idéologiques. Ainsi les luttes anti-çolonialistes de la fin des années cinquante et l’apparition d’un sensibilité tiers-mondiste orientent la réflexion de jeunes gens en recherché d’un modèle libre de tout passé douteux. Pour ces mouvements souvent en profond divorce avec des communistes taxés de stali-niens et accusés d’avoir trahi la révolution, une partie du salut vint de l’Orient extrême. En 1966, un opuscule relié de plastique rouge allait être brandi par les étudiants de Chine appelant au soutien du president Mao contre tous les déviationnismes. Avec ses «Pensées», bientôt diffusées dans toutes les langues de la Terre, le Grand Timonier allait se placer pour longtemps à la barre, influençant les révolu-tionnaires du monde entier. « A Paris ce Petit Livre Rouge est traduit en mars 1967. Des milliers d’illuminés se plongent dans ce tissu de niaiseries, emblème d’un des systèmes les plus criminels de l’histoire» se souvient Jean Sévillia. (73) . Le Petit Livre rouge accompagnera notamment les révoltes estudiantines de mai 1968 à Paris et les violents affrontements de rue en Allemagne en 1969. En Iran, l’OMPI ne se cache pas d’avoir subi des influences diverses. «Eux (les fondateurs) et les nouveaux membres de l’organi-sation ont étudié plusieurs écoles de pensée avec soin, aussi bien celles de l’ histoire iranienne et celles d’autres pays ce qui leur a permis d’analyser d’autres philosophies et d’autres théories à la lumière de connaissances considérables et de présenter leur pro-pre idéologie, basée sur l’islam comme la réponse aux problèmes de l’Iran ». (74) Dans l’effervescence de la fin des années soixante, le shah lui-même ne semble pas avoir compris d’où venait la «bonne parole» «On vit alors les agitateurs déclarer qu’il n’y avait pas d’in-compatibilité entre l’islamisme intégriste et le socialisme de type soviétique. Cette thèse surprenante avait été introduite chez nous par les Combattants du peuple (Moudjahedin Khalq) entraînés au Liban et en Libye» (75) tente d’analyser le souverain. Un amal-game compréhensible en pleine Guerre froide durant laquelle la menace venait forcément des héritiers de Staline. Pourtant sans risque d’erreur manifeste, il aurait aussi pu porter son regard du côté de Pékin. Car dans tous les groupuscu-les on trouve trace de la pensée maoïste, censée être novatrice et surtout sans passé corrompu. Sans prendre la moindre distance, l’Occident se passionne, s’enflamme. Une nouvelle voie est enfin trouvée pour la construction d’un socialisme radieux et triom-phant. «Mao Tsé-toung est essentiellement antidogmatique et anti-autoritaire. Il donne à l’initiative des masses la primauté sur les appareils, il insiste sur les principes d’égalité, il répète que le parti ne peut se substituer aux masses et que les masses doivent se libé-rer elles-mêmes» s’exclame une des admiratrices de l’initiateur de la Longue Marche. (76) «Nous ne sommes pas des libérateurs. Une nation doit se libérer elle-même pour apprécier la valeur de sa liberté (...) Il ne doit pas y avoir de limites à la liberté des gens, jusqu’au point de la rébellion armée. (...)» (77) revendique en écho l’OMPI sans préciser si elle est prête à admettre que cette rébellion puisse se retourner contre elle. Dans la dialectique comme dans l’action, on s’apercevra de plus en plus de tout ce que le syncrétisme «radjaviste» doit au maoïsme «Les Moudjahidin paraissent opérer dans l’illusion qu’en agissant seuls, sans établir des alliances avec les autres forces de l’opposition, ils seraient capables de renverser le régime clerical bien établi, de même que le président Mao était capable de détruire les forces nationalistes de Chiang Kaï-chek». (78) Et comme Mao, on verra l’OMPI stigmatiser ce Tigre de papier qu’est l’Amérique, l’impérialisme à abattre, la source de tous les maux du monde. Mais pour instaurer quel système politique? Quelle organi-sation sociale? Que se serait-il passé si les Moudjahidin du peu-ple d’Iran avaient atteint leurs buts et pris le pouvoir? Par le sang verse «Des milliers et des milliers de martyrs ont donné leur vie pour les intérêts du peuple. Levons bien haut leur drapeau, avan-çons sur la voie tracée par leur sang» proclamait le président Mao. (79) L’OMPI le suit en se référant sans cesse à ses propres «mar-tyrs», sacrifiés sur l’autel de la cause et dont l’exemple doit féconder l’ensemble de sa lutte. La date du soulèvement de 1963 devient ainsi une geste héroïque dont s’approprie le mouvement. «En dépit des souffrances engendrées par les pressions imposées par le régime du Shah, et en dépit de souffrances des arrestations, des tortures et des persécutions, chaque année depuis 1972 des cérémonies spéciales ont été tenues à l’occasion de khordad 4 (3 Juin) dans la commémoration des fondateurs martyrisés de l’OMPI (...) Cependant, le premier anniversaire de khordad 4 après la victoire de la révolution, avait une significa-tion spéciale et un contenu particuliel: L’impérialisme américain qui était la base du pouvoir politique a été fracassé par la victoire glorieuse de la révolution de février». (80) La lutte contre l’impérialisme incarné par les Etats-Unis constitue le fer de lance de cette internationale qui travaille sans relâche à l’avènement du Grand Soir rouge. Mao lance un appel sans ambiguïté. Si les forces progressistes qui un peu partout se livrent à la subversion et à la déstabilisation des gouvernements ancrés au camp occidental savent se coordonner, la victoire est proche. «Peuples du monde unissez-vous pour abattre les agresseurs américains et leurs laquais! Que les peuples n’écoutent que leur courage, qu’ils osent livrer combat, qu’ils bravent les difficultés, qu’ils avancent par vagues successives et le monde entier leur appartiendra. Les monstres seront tous anéantis». (81) Les Moudjahidin du peuple d’Iran qui ont soigneusement étudié les grandes théories révolutionnaires embouchent les mêmes trompettes: «Les explosions mentionnées plus haut prouvent le fait que les peuples doivent nécessairement s’unir face aux ennemis des peuples, qui pillent et massacrent les nations. La seule façon de déraciner l’impérialisme mondial est l’unité dans l’action». (82) Le président Mao ne se contente pas d’idéologie. Il donne également de précieux conseils sur la manière d’agir en cas de supériorité de l’adversaire. Ou comment transformer une agres-sion extérieure en facteur de victoire. «En cas d’attaque de l’ennemi, pour autant que les condi-tions permettent de le battre, notre parti prendra à coup sûr la position de légitime défense pour l’anéantir résolument, radicale-ment, intégralement, totalement (n’engageons pas de combat à la légère, ne nous battons que si nous sommes sûrs de vaincre). En aucune façon nous ne devons nous laisser intimider par l’aspect terrifiant des réactionnaires ». (83) L’OMPI a également intégré l’utilisation de menaces suppo-sées, celle qu’induit l’existence même de l’impérialisme. Il s’agit de motiver sans cesse le zèle révolutionnaire des militants en leur désignant le diable à combattre. «Aussi longtemps que le peuple combattant d’Iran existera nous pourrons bénéficier des menaces et des pressions impéria-listes pour développer notre révolution et la liberté de notre peu-ple. Les impérialistes et leurs mercenaires sont ceux qui doivent craindre de créer un nouveau Vietnam pour eux-mêmes». (84) Pour avoir conduit la lutte contre le gouvernement de Chiang Kaï-chek, Mao Tsé-toung s’est appuyé sur le parti com-muniste et ses cadres. Les armées défaites du Kuomintang (KTM) s’étant repliées sur l’île de Taïwan, c’est un pays à l’échelle d’un continent que Mao offre en 1949 à la gestion du seul Parti com-muniste. Il détaille clairement sa «recette». «Pour faire la révolution, il faut qu’il y ait un parti révolu-tionnaire. Sans un parti révolutionnaire, sans un parti fondé sur la théorie révolutionnaire marxiste-léniniste et le style révolution-naire marxiste-léniniste, il est impossible de conduire la classe ouvrière et les grandes masses populaires à la victoire dans leur lutte contre l’impérialisme et ses valets». (85) L’Organisation des Moudjahidin du peuple d’Iran se veut quant à elle une alternative au régime du shah. Mais une alterna-tive sans partage. A son enseigne, elle propose donc aux autres courants révolutionnaires de fusionner dans une préoccupation unitaire qui fatalement débouchera sur un parti unique. «Le MKO d’Iran en invitant tous les partis, les organisa-tions et les forces populaires à le rejoindre, dans la cooperation et l’unité de l’action contre l’impérialisme provoqué par les équi-pes militaires américaines suit la ligne de nos frères en action contre l’impérialisme (...) C’est donc clair que le décès inévita-ble des impérialistes ne peut être provoqué seulement qu’à tra-vers une politique correcte, une résistance vigilante et la volonté infatigable des peuples et rien autrement. Laissez-nous faire de l’Iran le cimetière de l’impérialisme et le remplacer par la volonté du peuple». (86) Eradiquée avant d’avoir pu mettre ses théories et program-mes en pratique, l’OMPI promet aujourd’hui des élections libres si d’aventure elle prenait le contrôle de l’Iran. Elle jure même de se conformer au verdict des urnes. «Si les gens ne votent pas pour nous (après que nous ayons renversé le régime des mollahs) nous resterons dans l’opposition en nous tenant fermement à nos principes». (87) . Evidemment, l’OMPI n’ose pas aujourd’hui le dire directe-ment mais tout au long de son programme de «transition» elle explique clairement que le peuple ne peut l’ignorer puisqu’elle incarne le peuple. On verra que mieux que quiconque, elle pré-tend connaître les aspirations populaires. Mais même si la nation iranienne se détournait de la théo-cratie sous laquelle elle vit actuellement, rien ne dit que le corps électoral plébisciterait Maryam Radjavi et son alter ego de mari. L’une comme présidente, l’autre comme éminence grise d’une organisation qui jusqu’ici n’a utilisé que la violence comme moyen de parvenir à ses fins. L’histoire fourmille d’exemples où une minorité, arrivée par le jeu des démissions ou des dissensions au pouvoir Iconfisque à la nation l’exercice de ses droits. L’ e xpérience des Etats de l’Est européen au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, tombés dans l’escarcelle communiste constitue un sérieux avertissement. Le volet religieux Si les Moudjahidin de Massoud Radjavi réfutent toute affi-liation avec un marxisme officiel, ils se prétendent ouvertement islamiques. En tout cas fidèles à une interprétation bien précise de l’islam, que l’on retrouve dans les préceptes du penseur Ali Shariati . Celui-ci, né en 1933, arriva en France en 1960 après des étu-des de bon niveau en Iran. Dans le Paris des «trente glorieuses», il prit conscience des luttes du tiers monde, côtoyant notamment des partisans de l’indépendance de l’Algérie. «Parmi les penseurs qui ont influencé la jeunesse figure aussi Ali Shariati qui refait de l’islam une religion de combat au service de la libération du tiers-monde et rend au chiisme son contenu contestataire: celui-ci doit être à ses yeux une arme contre l’impérialisme et un aiguillon pour l’instauration de nou-veaux rapports sociaux» (88) explique Paul Balta. Les Moudjahidin du peuple emprunteront beaucoup à Shariati, par ailleurs opposant notoire au shah qui le fera empri-sonner en 1975. Ce qui n’empêchera pas les écrits de l’homme d’être diffusés à des centaines de milliers d’exemplaires à sa mort survenue en 1977. «L’islamisme est ici sous-tendu par une idéologie gauchiste qui apparaît le plus clairement avec les Moudjahidin du peuple qui combinent l’islam et le marxisme et identifient communauté musulmane et prolétariat» écrivent Fahrad Khosrokhavar et Olivier Roy. (89) . Les Moudjahidin du peuple d’Iran comme Ali Shariati veu-lent instaurer une «République démocratique» d’où serait bannie toute lutte de classe. «Ils partagent beaucoup de traits communs avec les écrits et les déclarations d’Ali Shariati, un théoricien islamique non mem-bre du clergé. Celui-ci a imaginé une idéologie à travers la fusion de cer-tains aspects de l’islam chiite et du marxisme. Shariati croyait que les vrais musulmans, au lieu de se concentrer sur les aspects de cérémonie et les rituels de leur religion pour se préparer à l’ au-delà, doivent imiter l’exemple de l’imam Hussein qui a sacrifié sa vie dans la lutte contre la tyrannie et l’injustice. Shariati a maintenu que les forces d’injustice dans le monde moderne ont été personnifiées dans les règles arbitraires du des-potisme aussi bien dans l’impérialisme et le capitalisme exploi-teurs. Répétant le discours de Shariati, les Moudjahidin ont tenu pour vrai que « c’est le devoir de tous les musulmans de s’ins-crire dans la continuité de l’imam Hussein en luttant pour créer un société sans classe en détruisant toutes les formes de capitalisme, de despotisme et d’impérialisme». (90) . «L’idéologie des Moudjahidin est basée sur une interpretation démocratique et progressive de l’islam (...)» (91) proclame l’OMPI. Mais de quel islam s’agit-il? « (...) Les Moudjahidin ont exigé que les vrais croyants ne recourent pas du tout au conseil des chefs religieux, qui sont tenus dans le mépris par les Moudjahidin comme agents de la tyrannie et de l’exploitation (...) Par conséquent, ils ont développé une ligne de discussion dont la conclusion logique était de render l’établissement religieux entier inutile. Ce type d’idéologie est considéré comme anathème par l’établissement clérical iranien même par ceux qui ne supportent pas le concept de velayat -e- fagih (la règle par le juriste islamique) comme les négociants, les bazari ainsi que la plupart des profes-sions libérales et le monde des affaires». (92)

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