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Toutes les discussions, à Téhéran, tournent autour de trois grands sujets :

l’accord sur le nucléaire, qui sera, sans aucun doute, conclu le 24 novembre, le retour de l’Iran, sur les marchés énergétiques occidentaux, et la lutte contre l’EIIS/EIIL [l'État islamique, en Irak et au Levant].

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Toutes les discussions, à Téhéran, tournent autour de trois grands sujets :

l’accord sur le nucléaire, qui sera, sans aucun doute, conclu le 24 novembre, le retour de l’Iran, sur les marchés énergétiques occidentaux, et la lutte contre l’EIIS/EIIL [l'État islamique, en Irak et au Levant].

Je viens tout juste de passer une semaine exaltante, à Téhéran [1], à titre d’invité de Nouvel Horizon, la Conférence internationale des libres penseurs. Ce séjour m’a permis de faire les constatations suivantes :

Trois thèmes dominants monopolisent toutes les discussions importantes, à Téhéran, en ce moment charnière de l’histoire :

une possibilité réelle de parvenir à un accord sur le nucléaire avec le P5+1, le 24 novembre ;la levée des sanctions et la possibilité que l’Iran commence, bientôt, à inonder l’Union européenne de gaz naturel ;la lutte contre l’EIIS/EIIL, que les Iraniens, tout comme la rue arabe, appellent Da’esh.

Tout ce qui concerne l’accord sur le nucléaire se perd dans une intense guerre de l’information. À Téhéran, j’ai eu le plaisir de passer de longs moments et d’assister à des réunions, en compagnie de mon ami Gareth Porter, l’auteur d’un livre qui fait autorité, sur le sujet [2].

L’agence de presse Fars n’a pris que deux mois à traduire le livre en farsi avec un soin méticuleux, puis, l’a lancé, lors d’une cérémonie toute simple à son bureau principal. L’ouvrage prouve, de façon irréfutable, notamment, comment le «complot» de l’Iran visant à doter ses missiles balistiques d’ogives nucléaires, (fictives), a été fabriqué de toutes pièces par le groupe terroriste Modjaheddin du peuple (Mojahedin-e Khalq ou MEK), puis, relayé par le Mossad, à l’Agence internationale de l’Energie atomique.

J’ai été touché par le profond respect voué au travail d’enquête de Gareth, à Téhéran, par opposition à l’épais mur de silence, qui a accueilli la parution de son livre, aux USA. Voyons cela comme une autre réflexion de la «cruauté des miroirs», un autre exemple du «mur de méfiance», qui sépare Washington et Téhéran, depuis 35 ans.

Les conversations avec Gareth, qui reprenaient ce qui avait été abordé, dans une nouvelle série d’interviews avec des responsables iraniens, révèlent, encore, une série d’angles morts, dans les négociations sur le nucléaire. Comme il me le disait : «Je ne suis pas du tout convaincu que l’Iran est prêt à faire baisser sa réserve d’uranium à presque zéro», et «La réduction radicale du nombre de centrifugeuses n’est pas nécessaire, pour parvenir au but qu’ils ont établi».

Ali Akbar Salehi, qui dirige l’Organisation de l’Energie atomique d’Iran, a souligné que son pays «a besoin du stock de réserve». Une solution possible, dans ce cas, serait de livrer le stock de réserve, en Russie, ce à quoi les Iraniens ne s’opposent pas et que les Russes ont, déjà, proposé, il y a quelques années.

Quand le ministre des Affaires étrangères russes, Sergeï Lavrov, dit que «90 pour cent de l’accord» est dans le sac, cela veut dire, d’après Gareth et les responsables iraniens, qu’il manque, encore, une décision définitive, à propos de questions épineuses, comme le niveau d’enrichissement de l’uranium, la durée de l’accord et le processus de suppression graduelle des sanctions. Pour résumer : nous sommes, encore, loin d’un accord complet, pour le 24 novembre.

Pas de braderie, pour Rohani

Téhéran est la chambre de résonnance d’une guerre de l’information. Des rumeurs courent que le Président Rohani a conclu un accord secret avec Washington et Bruxelles, lors de la dernière Assemblée générale de l’ONU, à New York, une sorte de «braderie» de l’Iran, en faveur de l’Occident.

C’est absurde. Tout tourne autour de la possibilité que l’Iran, une fois, les sanctions levées, se mettra à vendre de grandes quantités de gaz naturel à l’Union européenne, soulageant, ainsi, la dépendance de l’Union européenne envers Gazprom, tout en privant la Chine de gaz, dont l’Iran est le deuxième fournisseur en importance.

Ce qui s’est passé, c’est que Rohani a rencontré le Président autrichien, Hans Fisher, à New York, où ils ont évoqué la reprise du mélodrame [3] Nabucco du «Pipelinistan». En proie à des problèmes constants, le projet Nabucco, qui reste toujours à concrétiser, est un gazoduc, à destination de l’Union européenne, qui ne serait, commercialement, viable, qu’avec du gaz livré par l’Iran, qui passerait par l’Azerbaïdjan et la Turquie, puis, par la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie. L’Autriche en assurerait la distribution, dans l’Union européenne.

Mais ce ne sera pas pour demain. Rohani a été forcé [4] de clarifier les choses. D’autant plus que les dirigeants iraniens se sont montrés inflexibles. Pas question que Téhéran se vende au rabais à l’Union européenne. Voilà pour la «trahison» de l’Iran par Rohani. On ne bafoue pas les directives lancées par l’Ayatollah Khamenei aussi facilement. L’Iran ne réduira, d’aucune façon, ses capacités nucléaires, en échange de vagues promesses.

Le miroir de la mer Caspienne

Derrière toute la controverse entourant Da’esh, on voit poindre, (Quoi d’autre ?), la question énergétique. Personne, à Téhéran, ne se fait d’illusions, au sujet de la guerre, à laquelle se livre l’administration Obama, par la porte arrière, et dont l’objectif est «Assad doit partir», (la propre ligne rouge tracée par Obama, il y a plus de trois ans). L’enjeu demeure le contrôle des réserves de gaz naturel inexplorées de la Syrie. La suite d’un autre mélodrame du «Pipelinistan» va, aussi, se jouer, à savoir, si c’est le gazoduc Iran-Irak-Syrie (auquel les USA s’opposent vivement), qui prévaudra, ou celui du Conseil de coopération du Golfe, avec du gaz, en provenance du Qatar.

Da’esh bloque, justement, le tracé du gazoduc, en Irak et en Syrie, faisant, de nouveau, le jeu des USA, ce qui explique, en grande partie, pourquoi ceux-ci bombardent d’inoffensives grandes étendues désertiques, tandis que Da’esh continue d’annexer des territoires, près de la frontière syro-turque.

Le «Pipelinistan», en Syrie, pourrait, aussi, avoir des répercussions, sur le dossier nucléaire iranien. Les responsables iraniens n’ont pas, encore, sorti le chat du sac, mais les rumeurs sont persistantes : Téhéran envisagerait de faire d’autres concessions, dans son programme nucléaire civil, si Washington acceptait de lui accorder un accès privilégié, comme fournisseur principal de gaz naturel de l’Union européenne. Tout cela, pour nuire à Gazprom.

Aussi tirée par les cheveux que cette proposition puisse paraître, c’est une carotte que fait miroiter l’administration Obama, dans le but d’accélérer, en théorie, la levée des sanctions, du moins, celles de l’Union européenne.

Il n’en demeure pas moins que Washington a besoin de Moscou, (et de Pékin), pour parvenir à un accord sur le nucléaire iranien, le 24 novembre. Rien n’indique, encore, que Téhéran va renoncer à son poids politique et à son indépendance, en matière d’énergie nucléaire, juste, pour faire du commerce avec l’Occident. Rien n’indique, non plus, que Moscou va se laisser couper l’herbe sous le pied, par Téhéran.

En fait, c’est la coopération mutuelle qui prévaut. Le Président Rohani vient de rencontrer le Président Poutine, lors du quatrième Sommet des chefs d’État des pays voisins de la mer Caspienne, cibles perpétuelles de l’avidité énergétique des USA, (outre la Russie et l’Iran, ces pays sont l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan). À Astrakhan, Rohani a souligné que la mer Caspienne devrait devenir un symbole de la coopération et du développement, à des fins pacifiques.

Téhéran et Moscou ne se dressent, donc, pas l’un contre l’autre, au grand dam de Washington. N’empêche que les enjeux ne pourraient être plus élevés. Placez vos mises, pour les prochaines semaines, et attendez-vous à les changer subitement.

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